This is the light edition of the RNW website. Click here for the full version.
1 August, 2012 - 14:55

JO : Adulé mais laissé-pour-compte

Course   data/files/4937916837_9df48f9b69_b.jpg

Depuis sa mort en 1997, les Ougandais ont toujours gardé en mémoire le souvenir du coureur de haies olympique John Akii-bua. Et aucun Ougandais n’a rapporté après lui une médaille d’or olympique. Mais ce que beaucoup de gens ignorent, c’est que John Akii-bua a légué plus qu’un héritage. Il a laissé derrière lui onze orphelins qui, comme le disait récemment sa fille Maureen Akii-bua, "n’ont personne à qui s’adresser".

Joseph Elunya, Kampala

Jusqu’à ce jour, aucun exploit sportif réalisé ces 50 dernières années ne peut pas battre celui de John Akii-bua. Aux JO de Munich, en 1972, il a littéralement foncé pour décrocher la victoire, remportant le 400 mètres haies en un record mondial de 47 secondes 82. En fait, John Akii-bua est l’un des rares Africains à être reconnu comme l’un des cent meilleurs athlètes du monde de tous les temps.
Une médaille d’or aux JO peut rapporter beaucoup aux athlètes mêmes et à leurs familles. Mais l’Ouganda n’a pas de politique concernant les médaillés olympiques. Et bien qu’étant le seul héros olympique de l’Ouganda depuis l’indépendance du pays, Akii-bua n’a pas laissé grand-chose à sa progéniture.

Héros
"Nous n’avons jamais profité de la vie tel qu’on aurait pu s’y attendre de la part de la famille d’un héros, dit Maureen Akii-bua. Aussi loin que je me souvienne, la vie était un enfer pour nous – y compris quand il était encore en vie. Mais les choses ont empiré en 1997 quand il est mort et qu’il nous a laissés, tous les onze, voler de nos propres ailes."

Agée aujourd’hui de 26 ans, Maureen n’avait que 14 ans quand elle a dû quitter la maison. Comme leur mère était déjà décédée, Maureen et ses frères et sœurs ont dû se prendre eux-mêmes en charge.
Leur éducation a également été inégale. "Même quand Papa était en vie, il ne pouvait pas se permettre de nous payer à nous tous les frais de scolarité… et par conséquent certains d’entre nous ont abandonné l’école et se sont mariés", explique Maureen Akii-bua. Quant à moi, j’ai abandonné l’université de Nkumba la seconde année, parce que je n’arrivais pas à payer moi-même les cours."

A un certain moment, elle a cru qu’elle pourrait retourner à l’université grâce à une bourse offerte par le Comité olympique allemand. Mais plus tard, le Comité olympique ougandais lui fit savoir que les fonds ne seraient plus envoyés.

"Nyangweso (l’ancien président du Comité olympique ougandais – ndlr) m’a appelée et m’a donné 700.000 shillings", se rappelle Maureen Akii-bua. Etant donné que le Comité allemand revenait sur sa promesse, Nyangweso lui demanda d’utiliser cette somme pour financer un semestre d’études ou de l’investir dans une activité qui générerait des revenus. Elle choisit d’investir dans un commerce de mode, dit-elle.

Survivre
Maureen Akii-bua dit que ses frères et sœurs et elle espèrent reprendre un jour leurs études, même si elle pense qu’il faudrait tout d’abord qu’un bon samaritain vienne les voir. Aujourd’hui, elle survit en travaillant comme styliste et musicienne.

"Nous avons le sentiment que la contribution de notre père n’a pas été reconnue, parce que le seul don que nous a fait le gouvernement était une maison à Bukoto, dans la banlieue de Kampala. Mais récemment quelqu’un s’en est emparé et nous a forcés de la quitter", dit Maureen.

Elle précise comment la maison que l’ancien dictateur Idi Amin Dada a donnée à son père en 1972 a été illégalement allouée à un promoteur immobilier. Selon elle, tous les enfants louent maintenant séparément une habitation et "n’ont aucun endroit qu’ils peuvent considérer comme leur maison".

"Ce qui me fait mal, c’est que quand je rencontre des gens – disons à l’étranger, par exemple au Nigeria – et je me présente comme étant Maureen Akii-bua, ils me reconnaissent aussitôt, ils savent que je suis la fille de Akii-bua le héros et je leur donne des autographes. Mais en Ouganda, nous sommes traités comme n’importe quels autres enfants et, en cas de problème, nous n’avons personne à qui nous adresser."