"Cela revient à du vol" : c’est dans ces termes virulents que Washington a condamné la décision du président sortant de la Côte d’Ivoire Laurent Gbagbo de nationaliser le commerce du cacao ivoirien. Cette décision suscite des difficultés pour Amsterdam, le port le plus important pour le commerce du cacao : l’arrêt des exportations a entraîné la paralysie du marché.
Laurent Gbagbo refuse toujours de transmettre le pouvoir à son rival Alassane Ouattara, considéré comme vainqueur de l’élection présidentielle, en novembre dernier, par la communauté internationale. Dans sa lutte contre Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo vient maintenant de décider de nationaliser le commerce du cacao, probablement pour contourner des sanctions financières. La Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao : 40% du cacao vient de ce pays africain.
La nationalisation semble surtout toucher les cultivateurs de cacao. Ils risquent de se voir offrir un prix moins attirant par l’Etat ivoirien, avertit Theo Ligthart. Exportateur de cacao, Theo Ligthart vit depuis de nombreuses années en Côte d’Ivoire. "Les cultivateurs peuvent tout au plus décider de ne plus livrer, dit-il. Mais dans ce cas-là ils n’auront plus rien."
Triste
Etant donné que l’Union européenne a gelé les avoirs de Laurent Gbagbo et de son régime, il ne peut pas de toute façon payer les cultivateurs. Ni exporter. L’interdiction sur les exportations qui a été ordonnée par son rival Alassane Ouattara est soutenue par la communauté internationale. Le commerce est donc complètement paralysé, souligne Theo Ligthart :
"C’est triste de voir qu’aussi bien à Abidjan qu’à San Pedro, les deux plus grands ports, toutes les activités sont complètement paralysées. Toutes les usines qui sèchent le cacao, le nettoient et le transforment en beurre ou en poudre sont de magnifiques organisations bien huilées. Et elles sont toutes maintenant sans activité."
Paralysie du trafic bancaire
L’arrêt des exportations et le gel des avoirs de Laurent Gbagbo frappent surtout la population, selon Theo Ligthart. La totalité du commerce bancaire est paralysée. Par conséquent le reste de l’économie devra aussi prochainement s’arrêter. Mais cela se remarque encore très peu dans la pratique.
"Les gens n’ont plus d’argent liquide. C’est pour cela qu’il est étonnant de voir à nouveau beaucoup de personnes dans les rues. Les voitures circulent, les gens doivent donc acheter du carburant. Quelques banques sont ouvertes. Les fonctionnaires y sont payés. Les queues devant les guichets sont interminables. Dans les supermarchés aussi, il y a soudainement de plus en plus de monde. Il y a eu de nombreux accrochages dans un quartier la semaine dernière. Et les médias ont couvert ces événements comme s’il y avait une guerre civile. Mais la situation est telle que l’on se demande : où cela va-t-il nous mener ?
Le négociant de cacao Bob Stuurman, de la société Huyser Möller, soupçonne Laurent Gbagbo de ne pas disposer des moyens et de l’argent nécessaires à l’exportation du cacao. Il profitera donc peu de cette nationalisation.
Record historique
L’arrêt des exportations se fait déjà ressentir à Amsterdam. En raison de la spéculation, le prix du cacao sur les marchés à terme a atteint un record historique. Et, selon Stuurman, cela commence à avoir des conséquences sur l’approvisionnement et les stocks de cacao à Amsterdam, le principal port pour le commerce du cacao dans le monde.
"On va avoir des problèmes dans le courant du deuxième ou du troisième trimestre. La disponibilité de certains produits a déjà nettement diminué et les prix ont augmenté. La plupart des usines en Côte d’Ivoire ont cessé leur activité la semaine dernière par manque de carburant. Les gens ont tout de même essayé de poursuivre la production et de stocker les semi-produits localement. Mais ces produits ne pouvaient pas être exportés. Ici, à Amsterdam, nous avons puisé dans les réserves ou utilisé des surplus mais nous avons atteint la limite.
Pourtant, selon Stuurman, cette épreuve affecte davantage les cultivateurs en Côte d’Ivoire. Cette dernière manœuvre de Gbagbo va, selon lui, uniquement prolonger le conflit. Le fossé entre les deux parties se creuse. Les fervents amateurs de chocolat devront donc apprendre à se rationner.