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21 February, 2012 - 14:52

Sénégal : une jeunesse déçue en colère

manifestation du M23 à Dakar  data/files/faux-pas-forcer.jpg

Quelques jours avant le premier tour de la présidentielle, les actions contestataires contre la candidature d’Abdoulaye Wade se sont multipliées. Le président en place, âgé de 85 ans, a répondu par la répression et la violence policière. Chez les jeunes Sénégalais, la colère monte.

Par Bineta Diagne à Dakar

Comme chaque après-midi, à l’annonce d’une manifestation sur la place de l’Indépendance, des groupes de policiers anti-émeute bouclent les artères principales du centre-ville. Une fois de plus, le Mouvement du 23 juin, mouvement d’opposition, veut manifester, mais le ministère de l’Intérieur interdit toute manifestation au centre-ville de Dakar.

Manifestations interdites

Tout à coup, une petite bande de jeunes, foulard jaune autour du coup, forme une chaîne et se tient debout sur l’avenue Ponty. Les jeunes scandent : "Benno, Benno", du nom de la principale coalition de l’opposition. Des policiers s’approchent du groupe, leur expliquent qu’ils n’ont pas d’autorisation de manifester. "Il y a une loi qui dit qu’en période électorale, on a le droit de manifester dans toute l’étendue du territoire", proteste un des jeunes leaders."Comme la place de l’Indépendance est un lieu du peuple, nous, les Sénégalais, avons le droit de marcher et d’y aller", souligne ce jeune, qui estime sa liberté d’expression "bafouée". Face au refus des forces de sécurité, les jeunes, dépités, font demi-tour et renoncent à manifester.

Inquiétudes
A quelques encablures, Hamadou Cissé Ba ferme les grilles de son commerce. Il a assisté à cette scène et prône également le droit de manifester. "Nous sommes tous impliqués par cette situation, comme tout jeune, nous sommes dans ce même état d’esprit", explique-t-il. Cette année, Hamadou votera contre le président Wade, car il a "assisté à une décennie de gabegies, de violences, de laxisme… beaucoup de maux qui secouent le Sénégal aujourd’hui". Ce commerçant d’une trentaine d’années estime que le pays traverse "une fin de cycle".

Vote de refus
"Wade doit quitter le pouvoir, nous n’accepterons jamais sa candidature", estime Moustapha Guèye, un tailleur qui avait voté Wade en 2000 et en 2007. "Le 26 février, dit-il, 90% des jeunes voteront contre lui".

Même sentiment chez Soulèye, qui tient un salon de coiffure à la Médina. "Wade a réalisé des routes, mais nous avons été déçu par ses dernières années marquées par des scandales financiers", explique ce jeune, qui a décidé de suivre le "Ndiguel" (consigne de vote, ndlr) de son marabout et votera contre Wade et pour le leader du Parti socialiste, dans l’espoir d’un changement politique.