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10 April, 2012 - 13:03

Un bon conseil : faites bon usage de l’aide chinoise

Les gouvernements africains devraient être plus proactifs dans leur utilisation de l’aide au développement donnée par la Chine – aussi longtemps qu’elle dure. Une experte des relations entre la Chine et l’Afrique craint que l’aide au développement de la Chine ne prenne fin bientôt. Elle recommande aux pays africains de l’utiliser de manière stratégique pendant qu’il est encore temps.

Par Hélène Michaud, à Hilversum

"De nombreuses opportunités sont encore présentes actuellement, les pays africains doivent en tirer profit maintenant. Sinon, la porte risque de se fermer", affirme Deborah Brautigam au micro de Radio Nederland. Elle est professeur de Développement international à l’American University de Washington, DC.

Le fait que la Chine accorde une aide au développement à l’Afrique, alors que le pays connaît lui-même tant de pauvreté, est une chose que les Chinois ont du mal à comprendre. En effet, le revenu moyen per capita en Chine est bien plus faible qu’en Europe et en Amérique du Nord, où les contribuables ont également de plus en plus de doutes quant à l’aide au développement. Selon Deborah Brautigam, ces différentes pressions font que "les Chinois ne pourront plus exécuter leur programme d’aide internationale comme avant".

Le cadeau du dragon
Dans ses publications et sur son blog, Deborah Brautigam essaye de détrôner ce qui, selon elle, sont des mythes sur l’implication de la Chine en Afrique. Elle est l’auteur de The Dragon’s Gift: The Real Story of China in Africa (Le cadeau du dragon : la vérité sur l’implication de la Chine en Afrique - ndlr).

Un des mythes persistants est le fait que les Chinois n’embaucheraient pas de travailleurs locaux en Afrique. Faux, répond Deborah Brautigam. "Ils embauchent principalement des travailleurs africains, à savoir 50 à 90% de leur main d'oeuvre. Dans la construction, les emplois sont souvent temporaires, ce ne sont pas forcément les meilleurs jobs, mais ils comparables aux autres emplois disponibles".

Il n’est également pas connu que la Chine forme les Africains en Afrique, mais également en Chine, par des programmes de formation qui sont indépendants des investissements. Actuellement, 5.500 Africains suivent des études dans des universités chinoises. "Ils peuvent étudier ce qu’ils veulent, des sciences ou de l’ingénierie. C’est ce que font la majeure partie d’entre eux."

Transfert de connaissances
Deborah Brautigam pense que les pays africains devraient inviter les Chinois à venir former les Africains en tant qu’ingénieurs, ouvriers d’usine ou ouvriers de maintien des routes actuellement en construction sur tout le continent. "Ces connaissances sont disponibles et les Chinois souhaitent répondre aux besoins des gouvernements africains. Et ces compétences peuvent être transférées facilement", ajoute Deborah Brautigam.

Certains pays africains sont plus proactifs dans leur relation avec la Chine en ce qui concerne le transfert de connaissances. Lors d’une récente visite en Ethiopie, la Professeur Brautigam se dit heureuse de voir comment le gouvernement utilise sont partenariat avec la Chine pour atteindre ses objectifs de développement.
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L’Angola et l’Ethiopie tirent pleinement profit
"Les gouvernements angolais et éthiopien ont demandé à la Chine de construire un institut de formation dans leur pays, dans le cadre de leur programme d’aide", explique Deborah Brautigam. Elle cite l’exemple d’une entreprise chinoise qui se plaignait de ne pas pouvoir trouver de personnes compétentes en arrivant en Ethiopie. "Donc les Ethiopiens disent : "Alors, construisez-nous un institut de formation et formez-les vous-mêmes". Sitôt dit, sitôt fait." L’Ethiopie est aujourd’hui équipée d’un important centre de formation à Addis Abeba, où l’on peut également apprendre le chinois".

L’Ethiopie, "malgré tous les manques de droits humains et de démocratie, ajoute Deborah Brautigam, est très orientée sur le développement, c’est la raison pour laquelle de nombreux agents de développement y travaillent".

La Chine n'est pas prête de partir
Mais Brautigam, qui conseille également les gouvernements et les institutions sur les relations Chine-Afrique, n’a pas trouvé la même approche en Tanzanie. "Le gouvernement tanzanien a demandé un centre de démonstration agraire, mais sans avoir aucune idée de son utilité ! Mais les Chinois l’ont tout de même construit et maintenant ils essayent de voir ce qu’ils peuvent en faire. Ils ont tellement de bailleurs, qu’il prennent tout ce que la Chine leur propose."

Les opportunités de formations données par les Chinois sont peut-être limitées, mais pour Brautigam "la Chine n’est pas prête de partir ! C’est un nouveau type de partenariat ; le type d’implication est très large. L’Afrique a toujours été très orientée vers l’Europe et le reste de l’Occident. La Chine est un nouvel acteur et il est important de connaître le contenu de cette coopération, pas seulement les titres".