Alors que des milliers de personnes ont dû fuir de nouveaux affrontements entre forces armées et rebelles au Nord-Kivu, la République démocratique du Congo compte déjà près de 2 millions de déplacés. Certains vivent depuis plusieurs années dans des camps, sans perspective de retour. Jacques en fait partie. Mais au lieu de croiser les bras, il fait tout pour rendre la vie au camp le mieux possible. Surtout pour les autres déplacés.
Melanie Gouby, Goma
"Depuis le 29 avril et le début des affrontements, le camp a accueilli beaucoup de gens de Masisi et même de Rutshuru", dit Jacques Bategera, chargé sécuritaire du secteur 3 de Mugunga, un camp aux abords de Goma, la capitale du Nord-Kivu.
"Il y a de la place, mais pas assez de bâches pour les abriter. Le gouvernement a envoyé des vivres mais c'est insuffisant, les gens ont faim", ajoute-t-il.
Une population en fuite
Fuyant les collines du Masisi, où l'armée congolaise affrontait des rebelles fidèles au général Bosco Ntaganda, des milliers de Congolais ont rejoint Goma et le Rwanda voisin, et en quelques jours Mugunga est passé d'un effectif de 2.600 à plus de 12.000 déplacés, mettant à rude épreuve les infrastructures du camp.
Déplacés par les affrontements lors du conflit avec le Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) en 2008, Jacques est lui-même l'un des plus anciens habitants du camp. Avant de se réfugier à Mugunga, il cultivait ses champs et exerçait la fonction de secrétaire administratif chargé de la sécurité de la population à Masisi.
Ses compétences en matière de coordination sécuritaire lui ont permis de se rendre tout de suite utile dans le camp. Jacques fait aujourd'hui le lien entre la population et les forces de police, participe à l'organisation des patrouilles et contrôles, et a même instauré avec Bernard Bahiti, le commandant de la police du camp, un système de "chef locaux" gérant des groupes de 20 à 30 personnes pour assurer une action de proximité.
Périple sans retour
"C'est un travail volontaire, je me suis proposé d'aider les vulnérables et j'aime ce poste", dit-il. Originaire de Masisi-Mweso, Jacques n'a jamais pu retourner dans son village natal et attend depuis quatre ans de pouvoir rentrer chez lui.
"Je suis Hutu, alors avec le contrôle de la région par l'ancien CNDP, c'était un peu compliqué pour moi", explique-t-il.
Le CNDP, dont le but officiel est de défendre les intérêts de la population Tutsi de l'est de la RDC, avait été intégré à l'armée congolaise (FARDC) en 2009, à la suite d'un accord avec le gouvernement congolais.
Le numéro deux du mouvement, Bosco Ntaganda, avait été promu au rang de général dans l'armée régulière malgré un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale dont il faisait l’objet. Mais en avril, des rumeurs persistantes d'une possible arrestation l’auraient poussé à déserter avec de nombreux officiers et à se retrancher dans son fief du Masisi. Début mai, de violents affrontements entre l'armée régulière et les troupes fidèles au général Ntaganda ont fait fuir la population de Masisi vers Goma.
L’insécurité règne
"Avec tous ces nouveaux déplacés dans le camp et la promiscuité que cela créé, nous avons dû renforcer les effectifs de police, qui sont passés de 10 à 20 hommes. L'insécurité vient surtout de l'extérieur. Récemment il y a eu un viol par des militaires congolais", raconte Jacques Bategera.
Le 4 mai, le camp de Mugunga a été attaqué par des soldats non-identifiés, faisant un blessé et poussant la population à fuir de nouveau et à dormir à la belle étoile. Les soldats ont volé des vivres qu'avaient reçus les déplacés.
"Une telle situation d'insécurité facilite ce genre d'attaque. Les soldats, rebelles ou de l'armée régulière, sont dans les collines, et la population et en particulier les réfugiés sont une cible facile", explique le commandant Bernard Bahiti de la police nationale congolaise.
Survivre au jour le jour
Les aides reçues par les réfugiés étant insuffisantes pour survivre, Jacques travaille aussi comme aide-maçon pour des particuliers vivant près du camp. Sa femme fabrique du mandale, une boisson alcoolisée locale qu'elle vend au marché.
"Avant que la distribution n’arrive ici chaque mois, il faut se débrouiller. C'est très difficile pour les nouveaux déplacés, nous avons besoin d’un soutien d'urgence", dit-il.
Depuis une semaine, le calme est revenu peu à peu dans le Masisi, car l'armée régulière a réussi à faire fuir Bosco Ntaganda et ses hommes.
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Le flot de réfugiés vers Mugunga s'est tari, mais des milliers de personnes arrivent à Goma et au Rwanda depuis le territoire de Rutshuru, où les combats se sont déplacés.
Pour Jacques, le départ de Masisi des hommes de l'ancien CNDP signifie qu'il peut espérer bientôt rentrer chez lui.
"J'ai envie de rentrer chez moi, retrouver mes champs et ma maison. Mais il faut attendre encore, les combats peuvent revenir de ce côté aussi vite qu'ils sont partis. On ne peut qu'espérer".