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23 May, 2012 - 13:54

Guinée-Bissau : un conte de fées plutôt cruel

Place of the National Heroes, central Bissau  data/files/bissau.jpg

Cela devrait être le paradis. Mais, au contraire, la Guinée-Bissau s'effondre. Son économie est en ruines, le secteur des affaires s’est tari, les touristes boudent le pays. Tout le monde se plaint. A juste titre : moi aussi, je serais furieux si mes revenus chutaient tout à coup de 90%. C'est ce qui se passe ici depuis que les militaires ont pris le pouvoir – encore une fois ! – le 12 avril.
Bram Posthumus, Bissau
C'est le nouvel épisode d’une histoire particulièrement malheureuse. Au 15ème siècle, lorsque les Portugais se sont installés ici, la Guinée-Bissau est devenue un important fournisseur de main-d'œuvre pour les travaux forcés. En d'autres termes : des esclaves. Amenés de l'intérieur par leurs suzerains maliens, ils étaient expédiés par bateaux par leurs maîtres européens depuis les ports d'esclaves de Bissau et Cacheu.
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Les Portugais ont géré toutes leurs colonies comme des commerçants à la petite semaine, en gardant un œil attentif sur l'argent et ne permettant jamais aux gens du pays de dépasser le niveau qui était le leur. Un niveau qui, tout compte fait, était assez faible : même les chauffeurs de taxi étaient portugais!
Par conséquent, lorsque la Guinée Bissau a accédé à l'indépendance en 1974 après une lutte acharnée, les Guinéens se sont rapidement rendu compte qu'ils vivaient dans un pays sans économie, sans une classe éduquée capable de prendre la relève et de gouverner le pays.
Guerre civile
Mais deux choses allaient cependant les hanter : un grand parti politique, bien organisé, intolérant, le PAIGC (Partida Africana da Independência de Guinea Bissau e Cabo Verde [Parti africain pour l'indépendance de la Guinée Bissau et du Cap-Vert]) et sa branche armée, qui est devenue l'armée nationale.
Ils entreprirent de créer un État à parti unique. Comme nous le savons tous, c'est le meilleur moyen pour courir au désastre, mais bon - c'était les années 70 ! De larges parties de l'Europe ont été dirigées par des gouvernements de gauche et des centaines de millions de dollars, de florins, de francs et de couronnes ont été investis dans un pays où des milliers de personnes ont été torturées, fusillées et jetées dans de grandes fosses en forêt.
Dans les années 1990, les relations entre les politiciens et les militaires se sont détériorées à un tel point qu'une guerre civile très féroce a éclaté. Les choses se sont compliquées davantage avec l'avènement du multipartisme qui fit entrer sur scène un populiste dangereux et corrompu nommé Kumba Yala. Il fut élu président en 2000 et, vous l'aurez deviné, c'est un coup d'État qui mit fin à son règne calamiteux.
Et pour couronner le tout, les premières années de ce siècle ont connu l'arrivée du dernier des Sept Fléaux* : la drogue ! Un pays sans infrastructure et sans sécurité, c'est le paradis... des caïds de la cocaïne d'Amérique latine. Les politiciens et les militaires aussi profitent de l'argent qu'ils distribuent en espèces. Et qu’en est-il des populations?
Et bien, il y a une colère palpable liée au fait que le coup d'État du 12 Avril, le dixième au total, a empêché l'élection du candidat du PAIGC, l’homme d'affaires richissime Carlos Gomes Junior. Son adversaire, également soupçonné d’avoir instigué le coup d'État est, selon vous ? Essayez de deviner …
La colère est chuchotée, principalement. Les militaires ont interdit les manifestations publiques. Mais il y a des graffitis et il y a les ragots et il y a, bien sûr, le bar. Un parieur ne veut pas que son nom figure dans la presse, mais accepte de me confier ce qui ne va pas. Pendant que nous écoutons la musique mélancolique de Tabanka Jazz, l'un des groupes les plus prospères du pays, il entonne : "Nous avons trois problèmes ici. La drogue, l'armée et Kumba Yala. Si vous ne faites rien à ce sujet, nous ne pourrons jamais aller de l'avant".
 
*Ma liste des Sept Fléaux ?
Le commerce des esclaves, l'administration portugaise, l'État à parti unique, l'armée et ses coups d'État, l'aide internationale, la guerre civile et la drogue.
Cet article est le second d'une série de trois, qui seront publiés dans les prochains jours.