L’ancien président libérien Charles Taylor a été condamné à 50 ans de prison pour "avoir aidé et encouragé, ainsi que d'avoir planifié, certains des crimes les plus haineux de l'histoire de l'humanité". La sentence a été prononcée par" le juge samoan Richard Lussick lors d’une audience publique devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL), ce mercredi matin, à Leidschendam, près de La Haye, aux Pays-Bas.
Richard Walker, La Haye
Charles Taylor semblait abattu alors que le juge Richard Lussick indiquait que selon le tribunal l’âge de l’ancien président libérien ou bien le fait qu’il a une famille n’étaient pas des circonstances atténuantes pour alléger la sentence.
De son côté, Charles Taylor avait estimé que son rôle dans le processus de paix en Sierra Leone devait être pris en compte, mais les juges ont considéré que ces efforts sur la commission de paix de la Cedeao masquaient son soutien continu à la violence dirigée par les rebelles.
La défense de Charles Taylor avait, quant à elle, estimé que malgré la gravité des crimes la peine de 80 ans de prison recommandée par l’accusation était "disproportionnée et excessive". Mais pour le juge Lussick, il convenait de tenir compte des effets des crimes sur les victimes. Le juge a lu ensuite une brève sélection de témoignages mettant en évidence l’horrible brutalité infligée par les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF).
"Le tribunal a pris en compte les énormes souffrances des victimes, les pertes de vie, les pertes de membres, les amputés sans bras qui doivent vivre maintenant de charité parce qu’ils ne peuvent plus travailler…" En ce qui concerne l’enrôlement d’enfants soldats, le juge a parlé d’un "viol de l’enfance, d’un viol de l’innocence et peut-être même d’un viol de l’espoir".
Certains actes d’horreur lus par le juge Lussick étaient à tel point révoltants qu’ils ont choqués les journalistes, pourtant endurcis à ce genre de détails.
Une lourde peine
Avant l’audience de ce jour, de nombreux observateurs s’étaient attendus à ce que l’ancien chef d’Etat soit condamné à une peine moins lourde, étant donné qu’il avait précédemment été acquitté des charges de "commandement et de contrôle" des milices meurtrières de la guerre civile sierra-léonaise.
"Le statut particulier de Charles Taylor (ex-chef d’Etat, ndlr) fait qu’il entre dans une autre catégorie de coupables en matière de sentence", déclarait le juge Lussick.
Pas de circonstances atténuantes
La sentence est fondée sur le verdict de culpabilité rendu en avril dernier. Taylor avait alors été acquitté de la responsabilité suprême d’avoir lancé la guerre et a uniquement été reconnu coupable d’avoir aidé et encouragé ces crimes.
"Dans les faits, Charles Taylor mourra en prison, c’est de facto une peine de prison à vie", déclarait l’avocat de l’accusé lors d’une conférence de presse à l’issue de l’audience.
Andie Lamb, membre du groupe de pression Global Witness déclarait à RNW que c’était "un peu décevant, étant donné que le tribunal a reconnu le rôle particulier de M. Taylor et que d’autres personnes ont été condamnées à des peines plus importantes, mais 50 années de prison constituent une peine importante qui reflète la gravité des crimes".
Aggravation
Le fait que Mr. Taylor a été chef d’Etat est un facteur aggravant, ont indiqué les juges du TSSL au moment de l’annonce de la peine. Citant M. Taylor lui-même, le juge Lussick a dit : "J’étais président du Libéria, pas un petit marchand de rue à Monrovia."
La défense de M. Taylor a dit vouloir interjeter appel de cette sentence et du verdict de culpabilité. Charles Taylor avait démissionné et s’était exilé au Nigeria après son inculpation par le tribunal en 2003. Il fut finalement arrêté et délocalisé à la Haye, aux Pays-Bas, en 2006.