Les Pays-Bas ont fermé cinq ambassades en Afrique, mais en ont ouvert une au Soudan du Sud. Le ministre (démissionaire) néerlandais de la Coopération au développement Ben Knapen a inauguré l’ambassade jeudi 7 juin. Le correspondant de Radio Nederland Koert Lindijer a des doutes quant au choix du Soudan du Sud. Le leader néerlandais Geert Wilders du PVV, le Parti pour la liberté (extrême droite), a-t-il eu une influence sur cette décision ?
Anti-Islam
Le gouvernement néerlandais a clôturé 10 ambassades, dont 5 en Afrique, y compris celle du Cameroun, un partenaire économique important. Alors pourquoi ouvrir une ambassade au Soudan du Sud ? Selon des rumeurs qui circulent depuis quelque temps dans les milieux diplomatiques néerlandais, cette ambassade aurait fait partie de l’accord gouvernemental soutenu par le Parti pour la liberté. Une vision simpliste du conflit au Soudan est que le Sud, chrétien, s’est séparé de l’Etat islamique et antichrétien du nord. Donc une vision anti-Islam. Mais, même si le gouvernement de La Haye a démissionné le 23 avril (après l'échec de négociations sur la réduction du déficit public avec le Parti pour la liberté de Geert Wilders, ndlr), le ministre démissionnaire ne veut pas dire si Wilders a eu une influence sur cette décision. "Je ne comprends pas bien le lien entre les deux", répond Knapen d'un air innocent.
Knapen est clair quant au choix d’ouvrir une ambassade au Soudan du Sud. La coopération néerlandaise se concentrera désormais sur le Soudan du Sud, car l’aide au développement au Soudan a été stoppée, comme ont également décidé nombre d’autres pays occidentaux. Le gouvernement de Khartoum est furieux et, à titre de représailles, ne délivre pas de visas aux diplomates stationnés au Soudan du Sud qui souhaitent se rendre au Soudan.
Corruption
L’actualité sur le Soudan du Sud a été dominée par la divulgation d’une lettre confidentielle du président Salva Kiir à ses ministres et aux fonctionnaires concernant les problèmes de corruption. Quatre milliards de dollars auraient disparu au cours des dernières années. Et Kiir appelle les coupables à rendre cet argent. Lors d’un entretien avec le vice-président Riek Machar, Ben Knapen a exprimé – en langage diplomatique - ses "inquiétudes" quant à la corruption dans le pays. Et il a promis de consulter les autres bailleurs pour aborder le problème.
"Sûr qu’il y a de la corruption ici", dit Knapen après l’entretien avec Machar. Le mot est lâché. Mais il s’ensuit un appel à la compréhension : "L’information provient du FMI (Fonds monétaire international, ndlr) qui a consulté le budget des recettes et des dépenses. Nous ne sommes pas encore sûrs s’il s’agit de corruption. Et lorsque le Soudan du Sud a commencé à tirer des gains du pétrole, il n’y avait pas encore de Banque centrale, ni de ministère des Finances. Dans un Etat non-existant avec beaucoup de revenus, les risques sont élevés, ajoute Knapen. Je suis heureux que Salva Kiir s’attaque au problème. Parce qu’il s’agit d’un énorme montant".
Le manteau de la charité
Un langage sévère. Mais à qui était-il destiné : pour le Soudan du Sud ou pour les Pays-Bas, où l’aide au développement doit être ardemment défendue ? Les messages de corruption à grande échelle datent déjà d’il y a cinq ans. Au début, les bailleurs détournaient leurs regards. Car le Soudan du Sud était encore une nation jeune et inexpérimentée. Mais depuis plus de deux ans, les représentants des bailleurs de fonds à Juba réclament que la corruption ne soit couverte du manteau de la charité.
Les Etats-Unis avaient déjà remis à Kiir une liste de ministres corrompus, mais cela n’avait pas poussé ce dernier à passer à l’action. Certains membres critiques du parti au pouvoir, le SPLM, dénoncent depuis des années déjà les abus de fonds. La corruption entretient un système de patronage et permet à la classe politique de conserver une certaine forme de stabilité. La corruption sera certainement tolérée encore un temps, dans l’intérêt de cette stabilité. Une visite du ministre démissionnaire néerlandais n’y changera pas grand-chose. Car il y a une différence entre la dure réalité et la vérité de la diplomatie.