Située à la frontière des régions du Nord et du Sud du Mali, Douentza, autrefois en plein développement, est aujourd’hui une ville asphyxiée et paralysée depuis qu’elle est tombée sous le contrôle des rebelles du MNLA, le 3 avril dernier. Pour faire face à cette situation, les jeunes de la ville ont décidé de s’organiser, en créant notamment une "milice d’auto-défense".
Boukary Sangare, Douentza
Lieu de discussions
Boukary Tamboura est animateur à la radio locale de Douentza. Sa radio, par manque de travail, est aujourd’hui un lieu de rencontre, où Boukary et ses amis discutent de la rébellion ou de la crise au niveau national. Boukary est en colère : il en veut beaucoup aux forces de sécurité qui ont fui la ville en livrant les populations aux mains des ennemis.
"On est déçu par l’armée et par l’administration publique maliennes ! Quand une armée fuit en abandonnant les populations, ce n’est plus une armée digne. A cause d’elle, 60% de la population de Douentza a fui. "
De plus, après le 3 avril, alors que les rebelles ne s’étaient pas encore totalement implantés dans la ville, des bandes armées et des voleurs de grands chemins échappés des prisons du Nord ont semé la terreur pendant une quarantaine de jours en pillant les boutiques et en vandalisant les maisons.
Milice d’auto-défense
Face à cette situation, les jeunes de Douentza ont donc décidé de créer une milice d’auto-défense pour sécuriser les populations. Cette milice a pour mission d’organiser des patrouilles nocturnes en vue de traquer et d’appréhender les malfaiteurs qui nuisent à la sécurité, de rendre justice et de mobiliser les agents de santé pour assurer un service minimum.
[related-articles]Bien qu’originaire de Gao, Alhousseyni Toure est resté à Douentza, où il vit depuis une vingtaine d’années. Il est l’un de ces jeunes qui se sont engagés dans cette milice.
"Nous nous sommes mobilisés pour organiser des patrouilles, dit-il. Toutes les nuits, près d’une centaine de jeunes surveillent les services administratifs abandonnés, les habitations des fonctionnaires ayant quitté la ville, les locaux des ONG, les boutiques et autres installions commerciales au marché et à la gare, les rentrées et les sorties de la ville etc.
Grâce à cette initiative, la population de Douentza jouit maintenant d’un minimum de sécurité. Cependant, ces jeunes manquent de matériels logistiques (armes, torches, carburants etc.) et d’expériences pour assurer à bien cette mission.
Les services minimum de santé
Au-delà de l’aspect sécuritaire, les jeunes de la milice d’auto-défense sont rentrés en pourparler avec les agents de santé de la ville pour permettre aux populations d’avoir accès aux soins. Grâce à cette initiative, les habitants arrivent maintenant à consulter des centres de santé assurés par de jeunes médecins et infirmiers volontaires.
Justice traditionnelle
Par manque de professionnalisme, les jeunes bénéficient des sages conseils des chefs traditionnels, qui ont géré des affaires similaires dans le passé. Quand ils appréhendent un voleur, ils le placent en garde à vue, le temps d’enquêter. Le voleur est ensuite auditionné puis sanctionné. Mais faute d’infrastructure et de moyens, la milice est obligée ensuite de le relâcher : les prisons de Mopti ou de Djenné, qui ont été sollicitées par les jeunes miliciens, sont toutes saturées et ne peuvent plus accueillir qui que ce soit.
Cette initiative de la milice d’auto-défense des jeunes de Douentza est en train de devenir un modèle dans toute la région et reste pour le moment la seule alternative pour assurer la sécurité des populations, là, où les forces de sécurité ont échoué.
"S’ils avaient voulu, les rebelles auraient pu commettre des carnages et puis partir. Qui pouvait les en empêcher ?", conclut Boukary. Il préfère prendre le destin dans ses propres mains.