Aung San Suu Kyi, la chef de l'opposition birmane, va se voir remettre, ce samedi à Oslo, la capitale norvégienne, le prix Nobel de la paix. Ce prix lui avait été attribué en 1991, mais assignée à résidence par les autorités de son pays elle n’avait pu alors se déplacer. De nombreux lauréats de prix pour la paix ou pour les droits de l’homme attendent encore le moment de pouvoir venir chercher personnellement leur distinction.
Les prix sont en général un témoignage de soutien aux dissidents et aux militants des droits de l’homme vivant dans des dictatures. Mais les régimes de ces pays considèrent ces distinctions comme une ingérence illicite dans leurs affaires intérieures. Ils empêchent les lauréats de les chercher personnellement. Parfois même les conditions dans lesquelles vivent les lauréats s’aggravent et leurs familles en font les frais.
"Obscène"
C’est le cas, par exemple, du dissident chinois Liu Xiaobo. Le gouvernement de Pékin avait averti préalablement le comité du prix Nobel de la paix de ne pas lui attribuer cette distinction. Mais quand le comité a passé outre, Liu n’a pas pu le chercher. Il purge onze ans de prison.
Qualifiant le prix d’"obsène", les autorités chinoises ont empêché sa famille de se rendre à Oslo. Et elles ont exercé des pressions sur les ambassadeurs d’autres pays pour qu’ils boycottent la cérémonie officielle de la remise du prix. L’épouse de Liu, Liu Xia, avait déjà été assignée à résidence et lors de la cérémonie elle a été isolée encore davantage du monde extérieur.
Secret
La militante chinoise Ni Yulan s’est vu attribuer, l’an dernier, la Tulipe des droits de l’homme. Cette distinction néerlandaise d’une valeur de 100.000 euros lui a été décernée en reconnaissance de son travail effectué en faveur des habitants de Pékin, dont les maisons ont été confisquées et détruites dans la perspective des Jeux olympiques de 2008. Pendant longtemps, le nom de la lauréate Ni Yulan a été tenu secret par crainte que sa sécurité et celle de sa famille ne soit mise en danger.
Au moment de la remise officielle de son prix, Ni Yulan était en détention préventive. Au début de cette année, elle a été condamnée à deux ans et huit mois de prison. Son mari, Dong Jiqin, a, quant à lui, écopé deux ans. Ni ne pourra pas pour le moment chercher personnellement sa récompense.
Sobre
Les autorités cubaines n’ont pas autorisé, en décembre 2010, la blogueuse Yoani Sánchez à se rendre aux Pays-Bas pour recevoir le prix Prince Claus (100.000 euros). Cette distinction est censée encourager les expressions culturelles dans les régions où la liberté d’expression est bafouée par la censure.
Yoani Sánchez a reçu ce prix en raison de son blog qui permettait, selon le jury, de faire connaître au monde la réalité quotidienne à Cuba et qui "donnait à nouveau une voix à ceux qui avaient été réduits au silence". Finalement, la récompense lui a été remise l’an dernier, lors d’une sobre cérémonie à l’ambassade des Pays-Bas à La Havane.
Printemps
Aung San Suu Kyi aura donc dû attendre, pendant plus de 20 ans, un fragile Printemps démocratique dans son pays avant de pouvoir recevoir personnellement le prix Nobel de la paix. Elle fait partie des lauréats qui se sont vu empêcher par un régime totalitaire de se rendre à Oslo ou à Stockholm. Parmi ses prédécesseurs figuraient notamment des écrivains et des dissidents soviétiques comme Boris Pasternak, Alexandre Soljenitsine et Andreï Sakharov.
De tous ces lauréats, seul Alexandre Soljenitsine a pu chercher personnellement sa récompense, après avoir été expulsé de son pays par les autorités de Moscou. Dans le cas de Sakharov, c’est son épouse, Elena Bonner, qui a reçu le prix en main. Boris Pasternak s’est vu attribuer le prix Nobel de littérature en 1958. Deux ans plus tard, il mourait. En 1989, après la chute du Mur de Berlin, son fils a pu recevoir le prix.
Parfois, il faut attendre longtemps. Mais peut-être verrons-nous un jour Liu Xiaobo, Ni Yulan et Yoani Sánchez se rendre à Oslo, La Haye ou Amsterdam.