Aminata, Ouly, Awa et leurs camarades fréquentent tous les groupes scolaires Nord. Autre point commun à ces filles dont l’âge est compris entre 10 et 14 ans : un rendement scolaire faible, ce qui leur a valu l’appellation péjorative "dernières de classe". Mais l’initiative pédagogique Fille-espoir du millénaire, initiée par un enseignant dudit établissement, offre à ces filles une chance d’aller le plus loin possible.
Par Selay Marius Kouassi, Abidjan
Peinture et cours de renforcement
Mercredi est jour non ouvrable pour les membres du corps enseignant du cycle du primaire, c’est aussi un jour de repos pour leurs élèves sur toute l’étendue du territoire Ivoirien. Mais, ce Mercredi, au groupe scolaire Nord, situé à Abobo, un quartier populeux d’Abidjan, les voix dont l’écho retentit dans la cour de l’école proviennent d’une salle de classe animée.
"Espoir du millénaire", lance l’instituteur ! "Nous sommes l’espoir de demain", reprennent en cœur, d’un ton enthousiaste et déterminé, la vingtaine de filles présentes dans la salle de classe. A l’intérieur de la salle, la quinzaine de toiles peintes qui décorent les murs achèvent de convaincre tout visiteur qu’il se trouve à des cours de peinture.
"Nous sommes certes à un cours de peinture, mais au menu, il y a aussi la lecture, l’arithmétique et l’initiation au Droit ; plus spécifiquement aux droits des enfants et de la femme", affirme Mathieu Brou, enseignant et initiateur de ces cours particuliers. Mathieu, passionné de peinture, se fait désormais appelé "enseignant-peintre".
La méthode du "maître"
Les petites écolières parlent de la méthode de celui qu’elles appellent "le maître", mais aussi de leurs progrès. Désormais, les faibles rendements scolaires ne sont plus qu’un vieux souvenir.
"Plusieurs fois, je n’ai pas réussi pas à dessiner une image ou encore à colorier un dessin, du premier coup, mais le maître [M. Mathieu] ne m’a pas blâmé pour ça. Il a toujours pris son temps pour m’expliquer comment ça marche et m’a donné plusieurs chances de rependre. Et j’ai réussit par la suite. Il s’est aperçu que je mets du temps à comprendre", témoigne Ouologuem Aminata,
"Le Maître m’a expliqué que les mathématiques fonctionnent de la même manière, le plus tu t’exerces à résoudre un problème, la difficulté de compréhension s’efface petit à petit", explique Aminata.
"Au début, mes parents ne voulaient pas que je participe au cours du maître, mais maintenant que ma moyenne s’est améliorée grâce à ces cours, mes parents sont même passés remercier le maître", raconte, Matata Kamagaté, 12 ans. Comme toutes les petites auditrices des cours de l’enseignant-peintre, Matata, est inscrite en classe de CM2 (Cous Moyen 2ème année) et s’apprête à présenter le test d’entrée au secondaire.
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Echapper aux travaux domestiques
Pour certaines filles qui suivent les cours du "Maître, désormais, le mercredi, plutôt que d’être des journées de corvée où elles ploient sous le poids de tâches domestiques, devient une occasion pour réviser leurs leçons et pour renforcer leurs acquis scolaires et une opportunité de combler un vide éducatif qui malheureusement déstabilise de nombreux enfants.
"Dans la plupart des familles à faible revenu, la petite fille est très vite sollicitée pour apporter une aide au ménage. Et souvent, le fardeau du travail domestique interfère avec les progrès scolaires et ses chances de poursuivre son cursus scolaire sont maigres", remarque, Albert Gondo, Psychologue Spécialiste du développement de l’enfant.
Les dessins de certaines des écolières illustrent plus ou moins cette réalité. "Ici, c’est une fille qui veut être libre, qui veut aller où elle a envie d’aller pour être contente, pour se sentir libre", commente, Déborah Ouly, en pointant du doigt l’une de ses représentations : une femme brisant une chaîne de fer qui la maintient captive par les poignets. Aïcha Traoré, 13 ans, a peint des jeunes filles d’âge scolaire au travail dans une plantation de céréales. "Ça ne doit pas être leur place, elles doivent être ici avec nous, c'est-à-dire à l’école", commente Aïcha.
"C'est une chance"
La gratuité des cours et leur impact positif sur le rendement scolaire des apprenantes ravissent de nombreux parents d’élèves qui pour la plupart ont des revenus très modestes. "En plus de la connaissance qu’il [Mathieu] dispense gratuitement à nos enfants, il leur offre tout gratuitement! Tableaux, crayons, peinture gouache et matériels de dessin. Pour nous les parents pauvres, c’est une chance", témoigne Monsieur Kamagaté, le père de Matata.
Avis partagé par Dame Ouologuem, mère de l’écolière Aminata, qui dit être satisfaite que sa fille soit devenue dégourdie et motivée pour apprendre. "Ma fille a de bons résultats maintenant et je sens aussi qu’elle a désormais confiance en elle-même", affirme Ouologuem.
Au Groupe scolaire Nord, à Abobo, les "dernières de classe" sont devenues "l’espoir de demain". Nadaud, enseignant et collègue de Mathieu pense que cette initiative "doit être démultipliée pour s’étendre à plusieurs autres écoles".