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21 June, 2012 - 14:30

C’en est-il fini pour le Nigeria?

Il y a de cela quelques jours, sur mon chemin de retour de la région Igbo à prédominance chrétienne de l'est du Nigeria, j'ai engagé une conversation avec des co-passagers dans un autobus à destination de Lagos. Ils étaient pour la plupart des jeunes étudiants et jeunes diplômés. Personne dans le bus n'avait été témoin oculaire de la guerre civile nigériane de 1967-1970. Mais dès que des informations sur le bombardement de Kaduna nous sont parvenues, presque tout le monde a conclu que seul le démembrement du Nigéria pourra mettre un terme aux attaques de Boko Haram.

Par Henry Chukwuemeka Onyema

Depuis lors, je me demande si c'en est fini pour le Nigeria. Depuis les attentats à la bombe de Madalla pendant la fête de Noël de l'an dernier, les massacres de chrétiens, de Nigérians du Sud et de musulmans modérés dans le nord du Nigeria sont devenus un mode de vie. L'effet sur la psyché nationale est stupéfiant. La peur et la rage envahissent le pays. Il n'y a pas de lieu sacré qui ne soit la cible des kamikazes.

Mauvais augure
Les perceptions et les implications de la campagne de Boko Haram sont de mauvais augure.
Les fragiles liens ethniques et religieux du Nigeria sont rapidement mis à mal. Les représailles sont de plus en plus organisées et sanglantes. Les franges extrémistes chrétiennes et musulmanes au Nigéria, jusque-là sous contrôle, s'en donnent à cœur joie dans des déclarations, si ce n'est pas l'action. Un assez grand nombre de Nigérians sont arrivés à la conclusion que le gouvernement Jonathan ne peut pas faire face aux défis en matière de sécurité. Par conséquent, ils doivent recourir à l'auto-défense.
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Fait intéressant, les élites du nord du Nigeria qui sont fortement opposées au gouvernement Jonathan supplient Boko Haram de cesser le feu. Dans le sud du Nigeria ces élites sont considérées comme des commanditaires invisibles de Boko Haram avec pour objectif de fragiliser le gouvernement. Si elles recherchent maintenant la paix, l'affreuse probabilité que Boko Haram soit devenu un monstre de Frankenstein vient à l'esprit. Mais le rôle de l'islam fondamentaliste venant du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord ne saurait être ignoré.

Kadhafi
Le Nigeria est peu susceptible de survivre à une autre guerre civile, en particulier une guerre religieuse. Parfois, je suis tenté d'écrire des excuses à titre posthume au colonel Mouammar Kadhafi pour toutes les insultes que les Nigérians avaient déversées sur lui lorsqu'il avait appelé à une division du Nigeria sur la base ethnique et religieuse.

Au moment où notre conversation fait rage dans le bus, l'un des jeunes hommes a clairement indiqué que c'est l'ancienne génération de dirigeants imbus de fanatisme religieux et tribal qui poussaient leurs jeunes soldats analphabètes à la pagaille. Il est clair qu'ils veulent une rupture dans ce cercle vicieux et si la désintégration du Nigeria peut y mettre fin, tant mieux. Je suis sorti avec le prudent espoir que ce que ces jeunes Nigérians veulent vraiment, ce n’est pas tellement une désintégration mais un renouveau.