"J'aime travailler avec des couleurs vives. Elles rendent les gens heureux". C'est ainsi que le jeune peintre zimbabwéen Jonathan Madzinga, âgé de 27 ans, explique l'utilisation des couleurs primaires dans ses toiles, qu'il est venu exposer dans la galerie Klein Afrika (petite Afrique – ndlr) aux Pays-Bas, sous le nom de New beginnings (Nouveau départ). Le jeune artiste est un optimiste, malgré tous les revers qu'il a connus dans sa vie. Et il veut devenir très célèbre.
Jonathan Madzinga n'avait que six ans quand il a voulu essayer d'imiter son père, qui était un peintre dévoué, parallèlement à son travail en tant que responsable de la gestion de l'entretien de véhicules. "Mon père avait un studio qu’il avait l'habitude de le fermer tout le temps, raconte Madzinga, mais un jour il a oublié. J'ai essayé de peindre sur la toile et avant que je ne m'en rende compte, j'avais déjà pris toutes les toiles, puis je décidai de peindre les murs avant de continuer dans le salon et le couloir. Puis il est arrivé à la maison, tout furieux. J'avais tellement peur. Mais l'un des parents de mon père est arrivé et a prié mon père de ne pas me battre. Puis il est allé acheter de la peinture et a commencé à m'apprendre".
La lutte
Jonathan avait 13 ans quand, pour la première fois, il est allé à la galerie d'art nationale dans sa ville natale de Bulawayo, la deuxième ville du Zimbabwe. "C'est là que tout a commencé. J'ai lu des œuvres sur les maîtres, Léonard de Vinci, Vincent van Gogh, Monet, Picasso. Mon peintre préféré est Vincent van Gogh. Ses coups de pinceau, sa technique, son approche de la figure, ses couleurs. Il était également un autodidacte. C'est presque la même histoire que moi, la façon dont il luttait. Je l'admire vraiment. Bien sûr, je n'ai pas besoin de me couper l'oreille", dit-il en riant.
La lutte à laquelle il réfère est la perte de ses deux parents quand il était encore jeune. "J'ai perdu ma maman en 1998. Mon père s'était déjà séparé d'elle, alors quand elle est décédée, je n'étais pas là. La même chose s'est produite avec mon père, je rentrais à la maison pour qu'on me montre où il avait été enterré", raconte Jonathan avec émotion. Le nom de son exposition New beginnings évoque la recherche d'une nouvelle voie à suivre : "Un nouveau départ signifie une vie nouvelle, une nouvelle voie et essayer de me forger moi-même une nouvelle personnalité. Vous savez la vie est pleine de surprises. Parfois, j'ai envie de pleurer, mais ça ne règle rien."
Succès
En 2003, Jonathan est allé étudier au Mzilikazi Art and Craft Centre à Bulawayo. Inspiré par un grand nombre d'artistes locaux, il a toutefois estimé qu'il n'avait pas suffisamment de débouchés au Zimbabwe. "Avec la situation politique actuelle, il n'y a pas beaucoup d'opportunités, car peu de gens entrent dans le pays et actuellement personne n’a d'argent pour acheter des tableaux", explique t-il. Sur invitation d'un cousin, il a déménagé en Australie en 2008 et à partir de là-bas, il a pu envoyer certaines de ses œuvres aux États-Unis, au Canada, en Afrique du Sud, au Japon, en Angleterre, en Allemagne, en Irlande et aux Pays-Bas.
L’artiste réalise la plupart de ses peintures par cœur : "Utilise les images que j'ai dans la tête. Mais j'ai cherche toujours à mettre ma propre expression, ma propre façon d'expliquer la composition", raconte Madzinga, qui décrit son style comme semi-abstrait. Mais surtout, il veut montrer un avenir plus radieux : "J'essaye de choisir les bonnes choses de l'Afrique. Par exemple, certaines personnes n’ont pas les moyens de s'acheter de nouveaux vêtements avec des couleurs vives, mais je sais qu'un jour chacun aura de beaux vêtements et de belles perspectives pour la vie."
Son rêve ? Madzinga est déterminé : "Mon rêve, c'est d'être un jour un artiste à succès, je veux être connu partout. Et je prie Dieu qu'il fasse du Zimbabwe ce qu'il était avant, un endroit où tout le monde pouvait trouver du travail et où les gens pouvaient venir."