Il a aidé à empêcher l’amputation publique de la main d’un homme détenu par les islamistes dans le nord du Mali. Le week-end dernier, Abdul Malick Maiga (32 ans), l’animateur de Radio Adaar Khoïma à Gao, avait mobilisé la jeunesse de sa ville pour protester, avec succès, contre les dérives inhumaines de la charia introduite par les occupants. Cet acte courageux, il l’a presque payé de sa propre vie. Brutalement tabassé par des militants islamistes du MUJAO, il se trouve actuellement à l’hôpital. Voici son récit.
″Je suis toujours à l’hôpital. La douleur s’est un peu calmée. Donc maintenant je me porte bien.″
Après avoir diffusé sur votre antenne des appels à manifester contre l’amputation publique ordonnée par les islamistes, que s’est-il passé ?
″Le 5 août, j’étais en studio pour présenter mon journal. J’avais à peine commencé une interview en direct, que j’ai vu des islamistes entrer avec leurs armes. Sans poser de questions, le premier m’a frappé dans le dos avec son arme. Ils ont commencé à me frapper de la tête aux pieds en me disant : Tu continues à nous critiquer ! C’est ton dernier jour. Tu ne parleras plus. C’est fini.″
″Quand ils m’ont mis dans la voiture, ils ont pris la direction du cimetière. Là-bas ils m’ont fait descendre et ils ont continué à me frapper. Quand ils ont cru que j’étais mort, ils m’ont abandonné. J’en ai entendu certains qui disaient : Il faut le mettre dans le trou ! J’ai l’impression qu’ils avaient creusé un trou avant d’arriver à la radio.″
″Puis ils sont partis. Il y a une autre voiture qui est venue. On m’a ramassé et on m’a emmené à l’hôpital. J’étais couvert de sang. Dieu merci…″
Cette intimidation brutale, a-t-elle changé votre attitude professionnelle ? Est-ce que vous allez continuer votre travail de journaliste ?
″Je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas continuer mon travail de journaliste. Je le fais pour les gens, je le fais pour les sans-voix. J’ai reçu le soutien de l’ensemble de la population de la région. Les jeunes, les femmes, tout le monde.″
″J’étais très, très ému de voir la population me soutenir. Le premier militant qui est venu me prendre, ils ont brûlé sa maison, ils ont brûlé sa voiture. Il y a de vives tensions entre la population et les islamistes.″
Votre Radio Adaar Khoïma, diffuse-t-elle toujours ?
″Oui, notre radio marche, mais dans l’inquiétude. Ce n’est pas le gouvernement qui est en train d’assurer la sécurité de la pauvre population. Ce sont les jeunes qui se mettent avec un bâton devant la porte pour garantir notre sécurité. C’est Dieu et c’est eux. On les remercie, franchement. ″
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″Le gouvernement est à Bamako et pas dans le nord du Mali. C’est ça le grand problème ! Depuis que Gao est tombé le 31 mars 2012, le gouvernement n’a même pas envoyé une délégation pour assister les pauvres populations à Gao et à Tombouctou. Les zones occupées sont carrément délaissées et ici on pense que c’est la faute du gouvernement.″
″Le Mali est occupé par les islamistes et des bandes armées. Si vous restez à Bamako pour dire que vous condamnez ça, ça ne colle pas !″
Ce week-end, une amputation de main a pu être évitée à Gao. Le danger de rencontrer d’autres punitions de ce genre est-il pour autant écarté ?
“La menace continue. Tous ceux qui ne veulent pas collaborer avec le MUJAO sont menacés soit par message, soit par téléphone, soit rentrent chez eux. Tout le monde est menacé ici."