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24 March, 2011 - 17:24

A la CPI, la défense plaide au procès Katanga

Germain Katanga et Mathieu Ngudjolo Chui à la CPI  data/files/katanga_ngudjolo.jpg

Personne ne peut encore dire si le premier procès pour meurtre jugé devant la Cour pénale internationale (CPI) mènera à la condamnation de l’accusé, Germain Katanga. Telle est la conviction des avocats du plus jeune suspect jamais assis dans le box des accusés du tribunal de La Haye.

Ce jeudi a commencé la plaidoirie des avocats de Katanga, âgé de 32 ans. Son procès est en cours à la CPI depuis novembre 2009.
Deux hommes de l’ex-milice congolaise sont dans le box, élégamment habillés d’un costume : le plus jeune suspect du tribunal, Germain Katanga, et Mathieu Ngudjolo Chui. L’accusation affirme que la milice à laquelle appartenaient les deux hommes a orchestré le massacre au cours duquel plus de 200 civils ont trouvé la mort, à Bogoro, petite ville de la province Ituri de la République démocratique du Congo (RDC). 26 témoins ont été convoqués pour pouvoir prouver l’implication des deux suspects, et parmi eux figurent des ex-enfants soldats ainsi que des femmes violées lors de ce massacre.

Cependant la défense, menée par l’avocat britannique David Hopper, veut mettre en doute la crédibilité de ces témoins, en affirmant que la plupart d’entre eux sont ne sont pas des témoins directs. Elle veut faire venir à la barre 23 témoins, incluant Katanga lui-même, qui nie le fait qu’il aurait commis des crimes de guerre ainsi que des crimes contre l’humanité en Ituri.

L’Ituri a été l’une des régions les plus sanglantes de la RDC. Depuis 1999, près de 100.000 civils ont été impliqués dans un conflit dont les origines remontent à des rivalités ethniques, au départ entre les groupes ethniques Lendu et Hema. Dans le cadre du combat pour se procurer les riches minerais du sous-sol ituri, une pléiade de groupes armés a été impliquée dans des viols, des tortures et des massacres.

Thomas Lubanga Dyilo a été le premier à être présenté devant la CPI à La Haye. Il a été suspecté d’avoir utilisé des enfants soldats dans sa milice Hema, l’Union des patriotes congolais. Mais depuis novembre 2009, ses ex-rivaux Katanga et Ngudjolo se sont retrouvés devant la même cour. Ils étaient les leaders respectivement du Front des nationalistes et intégrationnistes et de la Force de résistance patriotique, tous deux combattant pour le compte des Lendu.

Massacre de Bogoro
A l’aube du 24 février 2003, leurs milices entrèrent dans le village et attaquèrent les civils Hema. ‘Ils utilisaient des enfants comme soldats. Ils ont tué plus de 200 civils en quelques heures. Ils ont violé des femmes, des filles et des vieillardes. Ils ont pillé le village entier et ils ont transformé les femmes en esclaves sexuelles’, c’est avec ces mots que Luis Moreno Ocampo a débuté le procès à la CPI en 2009.
"Certains ont été abattus pendant leur sommeil, certains massacrés à la machette dans un souci de préserver des balles. D’autres ont été brûlés vifs après que leurs maison avaient été incendiées par les attaquants", poursuivit Ocampo.

"Sans aucun doute, il y a eu une attaque à Bogoro ce jour-là et des excès ont été commis’, répliqua l’avocat de Katanga. Mais, ajouta David Hopper, ‘ces excès n’ont pas été commis par Germain Katanga."

Autres atrocités
Certaines organisations des droits de l’homme affirment que Katanga a été impliqué également dans d’autres activités. Sa milice aurait attaqué l’hôpital de Nyakunde en septembre 2002, tuant au moins 1.200 Hema. Il a également dirigé son groupe lors des attaques qui ont eu lieu à Bunia et Komanda. Des témoins oculaires racontent que les hommes de Katanga brandissaient des mains à travers les rues et mangeaient les foies et les cœurs de leurs victimes.

Ces incidents, aussi graves qu’ils soient, ne font pas partie des charges retenues par la CPI. En réduisant l’enquête aux atrocités commises à Bogoro, les enquêteurs ont pu se concentrer sur les crimes multiples commis à cet endroit au lieu de se disperser sur différentes scènes de crimes. De ce fait, les deux hommes doivent répondre de charges de – entre autres – meurtre, enrôlement d’enfants soldats, pillage, viols et esclavages sexuels.

Le premier procès pour meurtre de la CPI
en 2004, Katanga a été arrêté en RDC après une attaque dans laquelle neuf soldats de la paix des Nations unies ont été tués. Il a été suspecté de crimes de guerre mais n’a jamais vu le tribunal de Kinshasa. Au contraire, la CPI l’a fait venir à La Haye en 2007 où il a essayé sans succès de faire transférer son procès en RDC.