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5 April, 2011 - 08:23

Ndolo : la nouvelle prison des détenus militaires à Kinshasa

Dortoir de la prison de Ndolo  data/files/dortoir-prison-de-ndolo.jpg

14 ans après sa mise en veilleuse, la prison militaire de Ndolo à Kinshasa vient d’être rouverte pour accueillir de nouveau des détenus. Dans un pays où les conditions carcérales sont souvent décriées, ce pénitencier, réhabilité grâce au financement des Pays-Bas, se veut être un modèle de prison respectant les droits fondamentaux des détenus en République démocratique du Congo (RDC). Mais déjà peu après sa réouverture, le projet ambitieux se fait rattraper par la réalité carcérale qui règne dans ce pays centrafricain.

Alice Bafiala, Kinshasa

Avec un mur de clôture de 620 m de haut, 10 bâtiments pour le quartier des hommes, un bâtiment pour le quartier des femmes, des toilettes hygiéniques, un bâtiment administratif, un bloc de cuisine, une infirmerie, un parloir, Ndolo est la seule prison congolaise qui répond aux standards internationaux. Située pratiquement dans le centre-ville de Kinshasa, elle ne reçoit que les justiciables militaires et policiers. Construite à l’origine en 1930, elle est aujourd’hui la plus moderne des trois prisons militaires en RDC.

Surcharge chez les hommes
"Nous nous réjouissons d’être détenus dans un milieu militaire. Mais nous ne sommes pas dans un paradis ici. Nous avons des problèmes et des difficultés", indique Landry Koto, détenu depuis 28 mois et transféré depuis février à Ndolo.

558 prisonniers y ont été incarcérés en un mois, alors que la capacité d’accueil est de 531 détenus. Le quartier des hommes de la prison accuse déjà certaines failles du système carcéral congolais. Le pavillon réservé aux prévenus militaires en est l’illustration. Au départ, les dortoirs ont été conçus de manière à éviter la promiscuité ente détenus. Ils sont équipés de lits et de toilettes hygiéniques. Prévu pour accueillir 44 personnes, le dortoir des prévenus en compte déjà maintenant près de 100. "On est encombrés ici, on dort mal. Certains d’entre nous passent la nuit à même le sol", raconte Gomez Bokungu, qui se présente comme le chef du dortoir des prévenus.

Dormir à deux sur un matelas
Le dortoir dont il est question compte 22 lits doubles métalliques sur lesquels sont étalées des nattes et qui sont collés les uns aux autres. "Nous sommes à la congolaise maintenant avec ce surplus de prisonniers", intervient le chef détention adjoint de la prison, Lea Kifalaba. "On a donné le privilège aux condamnés de dormir sur les matelas parce que les prévenus peuvent partir du jour au lendemain. Et les condamnés dorment à deux sur un matelas pour raison de place".

Les prévenus ici dénoncent le fait d’être enfermés pendant plus de deux mois sans rencontrer les juges. "Je ne comprends pas que pour besoin d’enquête, on nous garde pendant plus d’un mois. Voilà ce qui explique le surpeuplement ici", se plaint ce commandant de sous-commissariat, soupçonné d’être complice de ses hommes accusés d’un crime.

Bonnes conditions pour les femmes
Alors que les hommes se plaignent de leurs conditions de détention, les femmes n’ont pas à se lamenter. Leur quartier compte 52 lits et pour l’instant moins de 10 détenues. Sylvie, la vingtaine, est en détention depuis deux mois avec sa petite fille de 24 mois. Elle juge les conditions de détention très bonnes, mais attend impatiemment sa libération. "Nous avons assez d’espace pour nous et tout se passe bien. Tout ce qui me manque c’est l’argent pour payer l’amende qui va me permettre de sortir d’ici", affirme-t-elle.

Malnutrition et manque de médicaments
Chaque matin, les prisonniers ont "du thé sans pain et juste une petite quantité de fufu à manger avec quelques cuillères de haricots", dénonce Nawej, détenu militaire. Les plus chanceux assouvissent leur faim grâce à la nourriture que leur apportent leurs familles.

Pour les soins de santé primaires, un dispensaire est mis à leur disposition, mais qui connaît parfois une rupture de stock de médicaments. Les services ne sont pas encore bien organisés ; il est donc difficile de prendre en charge certains malades. 12 cas de tuberculose ont été détectés au début du mois de mars. Ces malades n’ont pas été séparés des autres détenus par manque de salles. "Les médecins estiment qu’il n’y a rien à craindre parce que les cas ne sont pas si graves. Ils ont dépassé la période critique. Mais notre objectif est d’arriver à les séparer", fait savoir le major Kadima, commandant de la prison.

Crainte de sombrer
"Nous faisons de notre mieux pour éviter ce qui est décrié ailleurs", rassure Kadima. Tout est mis en œuvre pour améliorer les conditions des détenus. Bibliothèque, terrain de basket, postes téléviseurs dans les salles figurent parmi les distractions qui devraient s’ajouter aux promenades autorisées jusque là. Mais dans les mois qui suivent, la prison de Ndolo devrait recevoir une autre vague de justiciables militaires retenus à la prison civile de Makala, une centaine selon le commandant Kadima.

Pour des raisons de sécurité, aucune photo n'a pu être prise de l'extérieur de la prison de Ndolo.