En Côte d’ivoire, le fossé entre la réalité et la rhétorique croît de plus en plus dangereusement. Sur papier tout semble aller dans la bonne direction . Il y a un dialogue, la Commission Vérité et Réconciliation est en place . Au début du mois de juin, le gouvernement du président Alassane Ouattara déclaré vouloir mettre fin à l’impunité et procurer la justice à tous.
Par Bram Posthumus à Amsterdam et Selay Marius Kouassi à Abidjan
La Cour pénale internationale
La CPI a été saisie pour enquêter sur "les crimes les plus graves". Le 17 juin , le procureur général de la CPI a invité les victimes des violences politiques à présenter leurs cas auprès de la première chambre pour l’examen des dossiers sur les crimes des guerre. Dans les prochains jours, 17 proches collaborateurs du gouvernement de Laurent Gbagbo ont été libérés de l’hôtel où ils étaient gardés, comme geste de réconciliation.
Il y a certainement des signes positifs dans la prise de conscience des violences politiques qui ont causé la mort de plus de 3000 personnes , des centaines des milliers de déplacés et mis en exil 200.000 Ivoiriens.
Est-ce cela reflète la réalité sur le terrain ? Pas du tout, selon les rapports en provenance de la capitale économique Abidjan et de l’ouest du pays.
Pas le reflet de la réalité
De l’ouest quelques 175 000 réfugiés qui ont fui vers le Libéria souhaiteraient rentrer à condition que les groupes armés qui sévissent dans leurs villes et leurs villages soient désarmés.
Le président Alassane Ouattara a donné l’assurance comme quoi tout le territoire ivoirien est sous le contrôle du gouvernement, mais cela n’a pas convaincu les réfugiés au Liberia.
Les choses empirent. Au mois de mai dernier, des groupes armés se sont emparés d’une petite mine d’or, juste à côté de la frontière non gardée du Libéria et ont tué 8 personnes. Craignant des attaques de représailles, les villageois se trouvant dans les zones de ces opérations à l’intérieur du Liberia souhaitent être déplacées vers des lieux plus sûrs. La police a arrêté quelques anciens mercenaires impliqués dans ces actes criminels, sans avoir retrouvé des armes.
Sources de violence
Les violences continues dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire ont trois sources : le conflits proprement parlés, les différences politiques, le crime. Les criminels peuvent être des personnes armées dont les services sont loués par les citoyens pour régler leurs conflits, des soldats déserteurs, des mercenaires provenant du Libéria ou des criminels armés.
Au mois de mai des hommes armés ont été arrêtés dans la province dans la partie extrême sud de la province du Maryland. Mais ils ont été ensuite relâchés après avoir obtenu le statut de réfugiés. Entre temps des rumeurs courent comme quoi des miliciens pro-Gbagbo sont en train de se regrouper. Une chose similaire s’est produite à Abidjan. Quand les Forces Républicaines, l’armée de facto du president Alassane Ouattara s’est rendue dans la partie sud du pays à la fin du mois de mars, ils sont arrivés avec des Seigneurs de guerre qui pendant dix ont fait la loi sur le territoire pour leur propre compte dans le Nord.
Ils font la même chose à Abidjan et leurs méthodes n’ont pas changé. Rançonnant des voyageurs. Des dissensions sont intervenues au sein des Forces Républicaines, avec les anciens rebelles du Nord, refusant de recevoir des ordres d’anciens soldats de l’ex-armée de Gbagbo, même de ceux ayant un haut grade.
Massacre à Duékoué
Les Forces républicaines sont le plus grand obstacle pour une enquête concernant les pires événements qui se sont produits pendant la crise : le massacre de plus de 800 personnes à Duékoué, dans l’ouest du pays, région sous leur contrôle à l’époque. Le président Ouattara affirme qu’une enquête est en cours mais n’a jusque à présent annoncé des véritables actions en ce sens contre les responsables des massacres, quand et si ils ont été trouvés. Il y a une question : ces massacres sont –ils inclus dans les "crimes graves" qu’il veut que la CPI enquête ?
Pas de réconciliation sans justice
Reine Alapini-Gansou, une militante ivoirienne des droits de l’homme, a déclaré cette semaine à Radio France Internationale cette semaine que la réconciliation ne pouvait avoir lieu sans justice. Mais la justice va prendre du retard à moins que Ouattara ne s’occupe des seigneurs de la guerre qui se sont installés à Abidjan. Ce qui va sans doute poser des problèmes entre ces seigneurs et le Premier ministre Soro, étant lui-même l’ex leader des rebelles.
Actuellement, leur approche semble être la négation du problème. Mais le problème ne s’en va pas tout seul. Une réconciliation implique aussi la volonté de communiquer les uns avec les autres. Ce qui n’est pas évident. Regardez ces deux scènes qui viennent de Zwedru au Liberia. La première : des groupes de jeunes hommes ivoiriens qui trainent aux alentours de la place centrale, désœuvrés. Ils discutent toute la journée et boivent la nuit. La deuxième : dans un restaurant au bout de la rue, deux hommes en tenue élégante qui étaient décidés fermement à attaquer le gouvernement Ouattara jusqu’au bout. A la question de savoir si cela implique une insurrection armée, leur silence donne une réponse qui en dit long.