Kisangani, jour 4 – "Je suis arrivé sur ce bateau il y a plus d’un mois", nous dit Ley, le pasteur ambulant. Si je l’avais rencontré plus tôt, j’aurais pu savoir que les bateaux congolais ne voyagent jamais selon un emploi du temps donné. Il était peut-être trop prématuré d’embarquer sur le MB Sowidaja samedi matin avec mes bagages et de croire Bajo qui disait qu’il allait partir réellement "lundi à la première heure".
Nous sommes mardi soir et je devrais arrêter de demander aux gens à quel moment nous allons finalement mettre les voiles. La vérité : personne ne sait. Même Bajo, le manager toujours détendu du Sowidaja, semble l’ignorer. "Le chargement de bois est terminé maintenant, nous dit-il. Mais maintenant, ce sont les autorités qui vont venir et cela va prendre du temps."
Comme des animaux
Les Congolais ont la réputation de se la couler douce. Les passagères nous proposent de la marchandise à bord, les hommes se font couper les cheveux. De la nourriture nous est distribuée, sur des poêles à charbon. Adou, un commerçant qui doit avoir la trentaine, boit de la liqueur toute la journée. Son ami, qui se prénomme Saddam, s’amuse en compagnie des femmes qui voyagent seules. On dirait qu’il a poussé le bouchon un peu trop loin ; sa concubine semble être jalouse. Ce soir, je suis le témoin d’autres événements : la place que s’étaient réservée Saddam, sa femme et mon ami Gaston pour dormir est prise par de la marchandise supplémentaire. Gaston a beau être du genre relax, c’en est trop pour lui. "Comment pouvons-nous vivre ainsi ? Nous sommes de gens, pas des animaux !"
A suivre : La femme du mécanicien, quatrième volet d'une série de carnets de voyage intitulée Expédition Fleuve Congo.
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