Quelque part entre Kisangani et Bumba, jour 9 – Peut-être fallait-il que nous voyagions tout d’abord ensemble sur un bateau surpeuplé pendant une semaine. Car, soudain, mes nouveaux amis se mettent à parler ouvertement de la politique mondiale. En l’espace d’une seule après-midi, j’entends dire à deux reprises : "Avec tout le respect, mais vous, les Blancs, vous êtes méchants".
Dès le début, j’avais remarqué, en tant que Blanc, un accueil peu enthousiaste – un accueil très différent de celui auquel j’ai habituellement droit en Ouganda, où je vis. Plusieurs personnes m’ont dit être convaincues que tous les Blancs sont racistes. Ici, les rapports Blancs-Noirs ont connu de fortes tensions durant le dur régime colonial exercé par la Belgique, suivi de plusieurs décennies de dictature sous Mobutu Sese Seko, l’homme qui a pillé la RDC et qui était ouvertement soutenu par les Etats-Unis.
Le président que veulent les Blancs
"Quelles élections ?", s’interroge Adou quand je lui demande pour qui il va voter en novembre prochain, quand les Congolais se rendront aux urnes. "Le seul président que nous voulons est actuellement en prison dans votre pays", poursuit-il en marquant un point. L’ex-chef rebelle reconverti dans la politique, le populaire Jean-Pierre Bemba, est depuis plusieurs années en détention provisoire sur ordre de la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye. "Votre CPI s’ingère dans notre politique, poursuit Adou avec certitude. Pourquoi son procès n’a-t-il pas été achevé au bout de trois ans ? Et s’il est coupable de crimes, qu’en est-il du président actuel et des dirigeants de nos pays voisins ?"
Avec Jean-Pierre Bemba hors du pays, les Congolais ont le sentiment de n’avoir aucun choix. "L’Occident continue sans arrêt de voler nos minerais, tandis que la Mission des Nations unies en RDC (MONUSCO) ne nous protège pas du tout", affirme Adou sur un ton virulent. La plupart des gens autour de nous semblent être d’accord. "La bonne chose, c’est que Dieu va punir les pays occidentaux qui nous volent nos richesses en leur envoyant un tsunami ou un ouragan", conclut Gaston.
A suivre : Le village flottant, huitième volet d'une série de carnets de voyage intitulée Expédition Fleuve Congo.
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