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5 August, 2011 - 09:38

Le dur labeur d'un enfant casseur de pierres

Carrière à Yaoundé  data/files/casseur_de_pierre.jpg

Les casseurs de pierre de Yaoundé ont leur permanence au carrefour Warda. En sueur, ils y concassent de larges cailloux ou morceaux de calcaire pour les transformer en gravier et en gravillon destinés aux chantiers de construction. Parmi ces casseurs de pierre se trouvent aussi de jeunes garçons, comme Aziz, âgé d’à peine 15 ans.

Par Anne Mireille Nzouankeu, Yaoundé

Assis à même le sol, Aziz tape sur de larges pierres à l’aide d’un marteau. Il fait chaud ce 10 avril et de grosses gouttes de sueur perlent sur son front. A chaque coup de marteau, les traits de son visage se crispent à cause de l’effort.

Aziz dit casser des pierres depuis 16 mois. Il travaille entre neuf et onze heures par jour, à mains nues. A force d’exercer cette activité, il a la paume de la main gonflée et fissurée. Les pierres sont coupantes et il n’a rien pour se protéger. Il est vêtu de haillons et de nombreuses cicatrices sont visibles sur ses mains et ses pieds. "Les bouts de pierre me blessent régulièrement. Parfois, c’est le marteau qui m’écrase les doigts", explique-t-il. Un parasol a été aménagé sur le lieu de travail. C’est là qu’il s’abrite de temps en temps, lorsqu’il ne supporte plus la forte chaleur.

Aziz n’a pas de temps libre en dehors du travail. "Quand je rentre, je suis tellement fatigué que je m’endors aussitôt", poursuit-il. Alors, c’est sur son lieu de travail qu’il lave ses vêtements, lorsque les autres s’arrêtent pour manger.

Une faible rémunération
Le gravier se commercialise par brouette, soit environ l’équivalent du contenu d’un seau de 30litres. Aziz doit travailler quatre heures de temps pour remplir une brouette, qui est ensuite vendue à 1000 Fcfa (1,52€) et plus. Pourtant, Aziz ne reçoit que 400 Fcfa (0,6€) par brouette de gravier vendue. L’autre partie de la vente revient à son employeur.

Aziz n’a jamais été à l’école. Il est parti de son village natal, dans l’Extrême-Nord du pays, pour travailler dans la capitale, chez un ressortissant du même village que lui. Son employeur, qui souhaite garder l’anonymat, l’héberge également et lui offre un repas par jour. Aziz envoie la majeure partie de son salaire à ses parents, pour contribuer aux charges familiales.

A la question de savoir pourquoi Aziz ne va pas à l’école comme les enfants de l’employeur, celui-ci répond : "Aziz ne sait ni lire ni écrire. Il ne peut plus aller à l’école maternelle à 15 ans. Il vaut mieux travailler." Pour ce qui est du salaire versé à Aziz, l’employeur affirme qu’il ne s’agit pas d’une rémunération. "C’est juste une aide qu’un père peut apporter à son fils", dit-il.

Pour le sociologue Valentin Melingui, il s’agit là de l’exploitation de la misère des gens. Normalement, ce sont des machines qui concassent ce type de pierre mais les employeurs préfèrent la main d’œuvre enfantine. "Les plus jeunes sont une main d’œuvre bon marché, facilement manipulable et moins exigeante", analyse le sociologue.

Des droits bafoués
Le concassage de pierres est un travail qui demande une grande maturité physique et qui devrait être exercé par des adultes. Selon la convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant, "un enfant s'entend de tout être humain âgé de moins de dix-huit ans". L’article 32 de ladite convention stipule que l’enfant a le droit d’être « protégé contre l'exploitation économique et de n'être astreint à aucun travail comportant des risques ou susceptible de compromettre son éducation».

L’employeur d’Aziz s’énerve lorsqu’on lui parle d’exploitation. Il prétend être le sauveur d’Aziz. "Si je ne l’employais pas, il serait certainement devenu un bandit de grand chemin", pense-t-il.