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3 February, 2011 - 20:22

La chasse aux journalistes est ouverte dans les rues du Caire

Battus, interpellés, intimidés, de nombreux journalistes couvrant les affrontements meurtriers au Caire entre partisans et opposants du président égyptien Hosni Moubarak se plaignent de violences croissantes contre eux.  data/files/photo_1296740801015-4-1.jpg

Battus, interpellés, intimidés, de nombreux journalistes couvrant les affrontements meurtriers au Caire entre partisans et opposants du président égyptien Hosni Moubarak se plaignent de violences croissantes contre eux.

Dans les rues de la capitale, la chasse à la presse a commencé. Qui se promène avec une caméra ou un appareil photo est rapidement pris à partie par des hommes en civil favorables au président Moubarak, et aussi, mais dans une moindre mesure, par des manifestants anti-gouvernementaux, de plus en plus nerveux.

"Qui êtes-vous? Je peux avoir vos papiers?", lance violemment jeudi un manifestant anti-Moubarak place Abdelmoneim Ryad, théâtre pendant la nuit de combats meurtriers.

"Les journalistes n'ont rien à faire ici ! Vous avez dévoilé des informations stratégiques en révélant le nombre d'opposants barricadés sur la place", accuse-t-il, à l'adresse d'un reporter de l'AFP. L'incident ne vas pas plus loin.

Mais autour de la place emblématique de la révolte, des policiers en civil et une foule loyale au président ciblent directement depuis mercredi les journalistes.

Un journaliste étranger a confié à l'AFP avoir été interpellé par des hommes en civil et deux soldats, puis emmené dans une ruelle où se trouvait un homme ligoté, torse nu, couvert d'hématomes, avec du sang sur tout le corps.

"Un jeune militaire m'a dit en arabe: +Est-ce que toi aussi tu veux mourir+?", a rapporté ce reporter.

Des journalistes étrangers ont affirmé avoir été empêchés jeudi de filmer à partir de l'hôtel Hilton, qui offre une vue quasi synoptique des violences.

Trois journalistes de la télévision publique polonaise TVP ont été interpellés par la police jeudi au Caire, puis relâchés en fin de journée.

Une équipe du journaliste vedette de la chaîne américaine CNN, Anderson Cooper, a été molestée par des partisans du président Moubarak qui l'ont battue sans que des soldats, postés à proximité, n'interviennent, a indiqué la chaîne.

Un journaliste grec a été battu mercredi par des manifestants avec des clubs de golf aux abords de place Tahrir. Le correspondant de la chaîne danoise TV2, Steffen Jensen, a aussi été pris à partie le même jour par des manifestants portant des pancartes pro-Moubarak.

"J'étais entouré d'un groupe de partisans de Moubarak qui voulaient me prendre mon portable, ma caméra et mon passeport, ce que j'ai refusé. Ils m'ont alors frappé à coups de poing et de bâton", a-t-il raconté à l'agence danoise Ritzau.

Des journalistes néerlandais ont été menacés par des pro-Moubarak, ont signalé leurs rédactions respectives sur leurs sites.

Tarek el-Chami, correspondant de la chaîne arabophone américaine al-Hourra, a affirmé jeudi en direct: "Nous sommes toujours menacés, des +baltaguis+ (voyous) et des criminels fichés sont toujours au bas de l'immeuble". Le régime "veut que les journalistes paniquent pour qu'ils n'assument pas leur mission".

Deux journalistes de la chaîne russe Zvezda, arrêtés pour infraction au couvre-feu mercredi, "ont été retrouvés (par les diplomates russes) dans un service du contre-espionnage militaire," ont indiqué les Affaires étrangères russes.

Al-Jazira, Al-Arabiya, ABC news, CNN, France 2, France 24, Radio-Canada, Le soir.... la liste des médias ayant des reporters battus ou interpellés ne cessent de s'allonger.

Reporters sans frontières (RSF) a estimé dans un communiqué que les exactions contre les journalistes avaient "un caractère systématique et concerté".

"Le régime a décidé de s'en prendre physiquement aux représentants de la presse en lançant ses partisans dans une campagne de haine et de violence que nous n'avons jamais vue auparavant. Nous sommes au-delà de la censure. Il s'agit de vider Le Caire de la presse étrangère", a déploré le secrétaire général de RSF Jean-François Julliard.